Oeuvre d’art totale

Du plus pur style Art déco, surnommée parfois, pour la luminosité exceptionnelle de ses vitraux, « la Sainte-Chapelle des bords de Marne », cette église est comptée parmi les réalisations culturelles les plus avant-gardistes de son temps. De ce travail d’équipe exécuté par des architectes et des artistes en parfaite symbiose a jailli cette œuvre unique, équilibrée et transcendante, révélant le renouveau dans l’art religieux.

C’est en cela, que l’église de Sainte-Agnès peut être considérée comme s’étant approchée au plus près de l’œuvre d’art totale.

Cette conception artistique absolue ne peut se produire que si elle est engendrée dans un même élan de communion spirituelle, qu’elle est le fruit d’une collaboration franche et équilibrée entre les architectes et les différents artistes ; qu’elle révèle une grande homogénéité et une parfaite harmonie sur l’ensemble des œuvres d’art en présence : vitraux, ferronneries, statues et fresques.

La production d’une œuvre d’art totale est loin d’être le fruit du hasard. Elle nécessite, dès sa conception, de satisfaire à un certain nombre d’exigences pour sa réalisation.

Il faut tout d’abord un visionnaire, un passionné, un meneur, un rassembleur, un organisateur, un bâtisseur, un missionnaire, une personnalité charismatique qui ait une foi absolue et désintéressée dans son projet multidisciplinaire de construction d’édifice religieux. L’abbé David est de ceux-là. Il a su convaincre et obtenir la confiance du Cardinal Verdier, initiateur des Chantiers du Cardinal, et de son principal mécène, Fernand Moureaux, bienfaiteur dans ce quartier d’Alfort, qui abritait un des établissements principaux de la Suze.

Il lui a fallu également beaucoup d’intuition et de clairvoyance pour sélectionner puis parrainer une équipe d’architectes et d’artistes ayant la même ferveur, la même foi et la même volonté de construire une œuvre unique, moderne, symbolique et spirituelle. Ces architectes et artistes ont tous prouvé, par la suite, toute l’étendue de leur art. Les plus jeunes, et non des moindres, avaient 22/24 ans à la pose de la première pierre en 1932 !

Il a fallu aussi que tous ces intervenants, hautement talentueux dans leur domaine respectif, mettent leur forte personnalité en sourdine, pour travailler en harmonie et laisser leurs différentes expressions artistiques entrer en résonance, pour n’en former plus qu’une.

La vaste campagne des Chantiers du Cardinal permit le renouvellement de l’art religieux, en le sortant, entre autres, de son conformisme, cristallisant une saine émulation artistique.

Sainte-Agnès est l’une des rares églises à caractère moderniste des Chantiers du Cardinal. Marquant de son sceau l’architecture religieuse de son époque par sa mouvance Art déco alliant béton armé et légèreté de construction, elle est le reflet des courants de pensée des Années 30 et de la volonté de l’Eglise de s’engager dans la société.

Le béton dans ces années-là, produit d’origine française, est synonyme de modernité, révolutionnant les techniques de construction, tout en laissant la part belle aux artistes pour exprimer leur créativité transcendante et leur communion d’esprit. Aux propriétés innovantes, il s’est imposé comme le principal matériau de construction, en particulier pour la rapidité de sa mise en œuvre et sa grande potentialité esthétique. Pour ne citer qu’elle, l’église Notre-Dame du Raincy (1920-1924) des frères Perret a été avant-gardiste dans ce domaine de construction religieuse moderne. Cette église a fortement inspiré les architectes Marc Brillaud de Laujardière et Raymond Puthomme.

A Sainte-Agnès, le béton armé forme son ossature ; briques et moellons complétant certaines parties. Quant aux revêtements de ces matériaux, ces derniers pouvant être quelque peu inesthétiques à l’état brut, ils seront principalement en Comblanchien poli pour l’intérieur, et égrisé pour l’extérieur.