Extérieur

Dès la Marne, sur le pont de Charenton (Val de Marne) ou bien depuis l’école vétérinaire,

ici avec Claude Bourgelat, fondateur de cette ecole,

il marque l’entrée de Maisons-Alfort (94700).
Octogonal, haut de 53 mètres, le clocher de l’église Sainte-Agnès domine les constructions alentours, se signalant de très loin par son architecture originale : Deux étages de six piliers de béton et pierre blanche, surmontés d’une coupole et d’un pilier creux sur lequel est scellée une croix en fer forgé de 8 mètres de hauteur, une des œuvres de Richard Desvallières ici.

 

 

 

Sainte-Agnès (rue Nordling ; 9 avenue du Général Leclerc – Maisons-Alfort) est l’une des rares églises d’inspiration moderniste issue des “Chantiers du Cardinal”, vaste campagne de construction d’églises nouvelles lancée en 1930 par le Cardinal de Paris Jean Verdier. Paris est en partie déchristianisé et la banlieue, en pleine expansion démographique, est souvent laissée à l’abandon. Epris d’un idéal de justice sociale, le cardinal a voulu créer une association chargée d’aider à la construction d’églises et de bâtiments paroissiaux dans la région parisienne. Il souhaitait que les paroisses soient à taille humaine et constituent des lieux de proximité. A sa mort, en 1940, 110 églises avaient été construites.

 

L’abbé David, vicaire de Saint-Rémi, peut donc ainsi, doter sa paroisse d’une église des temps modernes, grâce à une souscription des paroissiens et aux dons importants de mécènes tel Fernand Moureaux, directeur fondateur de la distillerie de la Suze, voisine.Elle sera édifiée très rapidement, sur un terrain offert par ce même Fernand Moureaux, la première pierre est posée en mai 1932, inaugurée et consacrée par le Cardinal Verdier en juin 1933 puis classée MH en décembre 1984.

L’édifice est l’œuvre d’architectes de la nouvelle école rationaliste, Marc Brillaud de Laujardière (1889-1973), prix de Rome en 1920, futur architecte et urbaniste en chef de la reconstruction de Caen et Saint-Malo, et Raymond Puthomme (1892-1976), lui aussi grandPrix de Rome quelques années plus tard.

Elle témoigne de la création moderne des années 30 et des techniques nouvelles de réalisation en béton armé.
Elle présente un décor Art Déco homogène : fresques, statues, fer forgé, vitraux.

Sur une parcelle exiguë et peu commode, l’église est encastrée entre les constructions.

Construite en béton armé elle est recouverte à l’extérieur d’un plaquage de pierres collées et agrafées. Les balustrades sont en ciment armé. Son toit terrasse est peu courant pour une église !

Six marches sous le regard bienveillant d’une Sainte-Agnès monumentale par Gabriel Rispal(1892-1970), éleve de Jean Boucher (1870-1939) à l’école des Beaux-Arts, conduisent sous le clocher porche porté par deux piliers à feuilles lancéolées que l’on retrouvera a l’intérieur.

 

Omniprésent, dehors, dedans, le A stylisé, Agnès ou bien Alfort …!

Raymond Subes (18911970) a réalisé les grilles de l’entrée et celle (avenue du Général-Leclerc) de la porte du presbytère, construit en 1934 et 1935 par les mêmes architectes.

 

C’est l’un des plus importants ferronniers d’art français du XXe siècle. Dans son œuvre, Raymond Subes allie la technique de la forge traditionnelle aux méthodes modernes. Sa conception de la ferronnerie s’articule en deux idées maîtresses: la fonction architecturale du fer forgé et son utilisation fonctionnelle. Il n’hésite pas à employer simultanément plusieurs matériaux : d’abord le fer forgé, parfois le bronze et le cuivre, auxquels s’ajoutent, dans les années 1930, l’aluminium, l’acier oxydé et l’acier laqué. À l’Exposition de 1925, en dehors d’ouvrages de ferronnerie tels que grilles ou rampes, il présente, avec Jacques-Émile Ruhlmann, dans le cadre du salon du Collectionneur, une bibliothèque métallique aux surfaces de tôle embouties et laquées.

Subes répond à des commandes d’État importantes pour les transatlantiques Île-de-France en 1927, Atlantique en 1931, Liberté en 1950, Normandie en 1962, et enfin pour le France en 1962.

Il travaille entre autres pour le musée de la France d’outre-mer, porte Dorée (Paris 12e, 1931), réalise les ferronneries del’église Saint-Louis de Vincennes (1912-1927, Jacques Droz et Joseph Marrast architectes), ainsi que les portes de l’église Sainte-Odile (Paris 17e, Jacques Barge 1904-1979, architecte) et bien d’autres …

 

Sur cette même avenue (du Général-Leclerc), la Société Suze, modernisa et agrandit les locaux qui lui servaient à la fois de distillerie et d’entrepôts en 1933.
L’architecte Paul Fénard, chargé de cet agrandissement, réalisa une nouvelle façade en parpaings de béton, constituant un mur aveugle portant les noms et les armoiries de villes où l’entreprise possédait des dépôts, sur l’ancienne rue de Créteil (actuellement avenue du). Le projet fut conçu en étroite liaison avec l’église Sainte-Agnès. L’usine SUZE, rachetée par les Cycles Lejeune en 1974, est désaffectée en 1988, mais conserve sa façade, inscrite MH par arrêté du 4 août 1993 et intégrée dans un projet de Z. A. C.

Retour vers le porche et la Sainte Agnès monumentale retenue au clocher …

 

Attention, il faut être attentif aux immenses portes d’entrée ! En chêne sculpté, elles sont ornées de huit plaques de cuivre repoussé qui représentent les quatre saisons et les signes du zodiaque. C’est le travail de Richard Desvallières (1893-1962).
Du fer forgé par Richard Desvallières, c’est plus que de la ferronnerie et, avant la lettre, avec trente d’années d’avance, on y voit, préfigurées et abouties, les recherches que font de nos jours certains sculpteurs, lesquels veulent se retremper dans les matériaux directs : tôle soudée, fer battu, tiges assemblées, etc. En ce sens, Richard Desvallières aura été un novateur et un traceur de voie. Il était trop original, trop indépendant, trop isolé et éloigné d’un art facile pour que ses œuvres soient imitées par des suiveurs. Il était le contraire d’un technicien, un pur artiste, c’est-à-dire qu’il ne s’embarrassait d’aucun préjugé dans son travail. Son œuvre est considérable. Nous en verrons l’illustration à l’intérieur, patience !
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